Janine Besseyre ou la force des élements
     Janine Besseyre reste très attachée à l'Auvergne où elle est née. Elle a su en comprendre et traduire la nature sereine et silencieuse de ses paysages austères et montagneux, roches basaltiques, failles, forêts de bouleaux, etc... par des couleurs sobres et puissantes.
     Cette artiste est entière, je veux dire par là que lorsqu'elle peint un sujet elle se consacre entièrement à lui, ne s'accordant pas de digression ni d'élement flatteur ou superflu ; c'est le sujet, rien que le sujet, d'où pour le spectateur le sentiment d'être au cœur même des éléments. D'ailleurs, l
es personnages sont quasiment absents de ses thèmes. Peu ou pas de ciels dans ses paysages, c'est la matière qui prévaut, roche, bois, eau...
     Une série de toiles représente des paysages vus du ciel. les formes géométriques que l'on reconnait aisément comme des champs forment alors un patchwork de taches de couleurs surprenantes traversé par le serpentin bleu d'une rivière nonchalante. Il y a un fort contraste entre ces deux motifs, l'un désordonné et multicolore, l'autre uni et ondulant.
     Châ Haziza


Puissance de la surface (la surface vivante)
    C’est chose entendue : la peinture a affaire avec la surface.
    La bonne question n’est pas : Que peut-on faire d’une surface ? Mais elle est : Que peut une surface ? C’est cette question que semblent poser tous les tableaux de Janine Besseyre, chacun en explorant avec plus ou moins d’insistance tel ou tel aspect.
    Voici quelques-unes de ces interrogations, qui ne sont pas dans le regard, mais dans les tableaux.
    La surface existe-t-elle autrement que par la couleur et la lumière ? Mais que cherche la couleur, quand elle veut montrer et célébrer la puissance de la surface? N’est-ce pas le contraste, pour la vivacité qui lui est liée ? Et cette vivacité, à son tour, peut-elle exister sans une lumière qui ne peut pas émaner seulement d’une source identifiable dans le tableau, parce qu’elle serait alors inégalement distribuée, mais qui est d’abord une lumière propre à la couleur et capable de l’habiter dans toute son extension ?
    Une surface consciente d’elle-même et qui se veut surface peut-elle être « figurative » ou « abstraite » ? N’a-t-elle pas trop peu de dimensions pour vouloir représenter les choses du monde, trop pour être indifférente à leur réalité spatiale ? Ne trouve-t-elle pas le point d’équilibre qui la ramène à son être de surface quand elle cherche à cartographier le monde en le transfigurant par des images puissantes, mais seulement allusives, en ce sens à la fois « figuratives » et « abstraites » ?
    Une surface peut-elle, à coup d’aplats unissant la couleur à la lumière, se multiplier ou se diviser ? Peut-elle exploser ou imploser pour faire naître, tout en les retenant en elle, des surfaces – qu’on devine ou qu’on feint être celles de la mer, des champs, des murs de maisons ou des couvertures de livres ?
    Et les plages, les éclats colorés qui surgissent de cette genèse, la surface peut-elle encore les plier comme des montagnes ou des porches, les étager comme les arbres d’une forêt ou les plans d’un paysage, les obliger à se chevaucher comme des toits, les fendre de larges déchirures en forme de rivières qui ouvrent sur d’autres surfaces claires comme l’eau mais qui sont en même temps comme des remontées d’abîmes ? Bref la surface peut-elle se donner et nous livrer non pas seulement la profondeur, mais des profondeurs ?
    La surface, enfin, peut-elle s’arrêter tranquillement à des limites, invitant le regard à se concentrer seulement à l’intérieur du tableau, ou bien ne force-t-elle pas aussi le regard à la balayer d’un mouvement qui l’incite à jouer avec les bords du tableau, non sans s’étonner ni s’inquiéter de leur existence ?
    Mais toutes ces questions procèdent d’une unique affirmation et c’est cette affirmation, plus encore que ces questions, que nous recevons des tableaux de Janine Besseyre : la surface est vivante. Pierre WINDECKER.


Tiphaine, professeur de peinture (1997). « Dans l'éclatement des structures fragiles et dans des subtiles valeurs de gris apparaissent des formes, des lignes. Le regard s'empare de cette lecture, les rythmes et les fuites composent peu à peu des architectures somnambuliques, des paysages imaginaires, et, on est emporté dans une atmosphère de mélancolie. Les espaces sont articulés autour de la lumière et cette même lumière donne à l'oeuvre la simplicité d'un rêve. Cette oeuvre dépecée, loin de paraître fragmentée s'érige au contraire en une masse solide et compacte».